La Gloire de nos Pères

resistanceDans la nuit la liberté…
Francs Tireurs et Partisans Français de l’Est Varois…

On a beaucoup écrit ces derniers temps sur la Résistance dans notre canton de Fayence.
C’est bien. Et c’est tout à fait à la « gloire de nos pères ». Et pourtant les principaux acteurs semblent exclus de la mémoire de notre histoire locale, après avoir cependant largement contribué à la libération de leurs villages et de la France.
Ceux qu’ici, on a appelés les Maquisards du Malay ; les Francs Tireurs et Partisans Français de la 4ième Compagnie de Provence.

Qui était cette armée de l’ombre ?
Instaurée dès 1941, à l’initiative de la gauche clandestine, cette organisation sera rattachée en Février 44 par De Gaulle aux Forces Françaises de l’Intérieur (FFI), elles mêmes intégrées à l’Armée Française en Septembre 44.
Par l’originalité de leur organisation, les FTP ont, durant la Résistance, mené une action décisive. Placés sous le commandement de Charles Tillon, qui les comparait à des boules de mercure, insaisissables, ne se mélangeant pas entre elles, constitués de petits groupes mobiles, ils avaient à leur tête un triumvirat : le Commissaire aux Opérations (CO), aux Effectifs (CE), au Technique (CT).

Les FTP, Maquisards du Malay
Parti de Claviers en 43 avec Louis Gal, Roger Venturino, Félix Jourdan, commandé par un Niçois, François Manzone, alias Romain Loulou, le maquis grossit très vite, de sorte que, pour sa sécurité, il dut s’installer près de Brovès, dans le massif du Malay (plateau de Canjuers).
Il s’appela désormais « Maquis Pierre Valcelli » en hommage à un jeune maquisard de Salernes fusillé par les Allemands.
Il devint l’un des plus importants maquis du Var.

Qui étaient ces hommes? paysans pour la plupart.
Manzone a établi à la Libération la liste de ses maquisards, les classant par villages d’origine. Ceux de Montauroux se nommaient : Barret Marcel, Blanc Justin, Carbonnel Fernand ; Chaix Marcel ; Demaria Marius, Demaria Jean ; Dujardin André ; Genin Albert ; Giordano Pierre (Joseph) ; Laugier Henri ; Ramonda Jean Baptistin (Titin) ; Rostagno Joseph ; Tallent Elie (Hélio) ; Tallent Abel (Albert ou Godillot). (Cette liste est consultable aux Archives Départementales du Var -Cote 37 J 8/1-6).
Elle est sûrement incomplète, comme toutes les listes établies par les Chefs de groupe dans le tumulte de la Libération. Tout s’est passé si vite….

Le rôle déterminant des FTP dans la résistance du Canton:
1/ Par une originale fusion de la S.A.P. (Sections Atterrissage et Parachutage) avec le maquis FTP.
Créé en 42 par Jean Moulin pour armer la Résistance, la SAP faisait partie des Réseaux Action de la France Combattante, dépendant à la fois du Général De Gaulle et des Britanniques. Elle était composée d’agents permanents homologués par Londres et occasionnels sans matricule, recrutés sur place par les responsables locaux.
A Montauroux, l’équipe qui gérait le terrain de parachutage « JOCKEY » AC 164 (homologué par le Responsable local de la SAP Horst Albin Schneider, alias René Jaffard) était majoritairement composée de maquisards FTP (liste MANZONE). Le responsable de cette équipe JOCKEY, Justin Blanc, était à la fois militant communiste et maquisard FTP et des accords avaient été passés entre SAP et Maquis pour l’attribution des armes parachutées.
De plus, la plus importante cache d’armes du secteur était située au quartier Valcros à Montauroux dans des ruines d’une propriété appartenant à 2 maquisards FTP du Malay, Elie et Abel Tallent…

Enfin Elie Tallent, déjà nommé par Manzone, commissaire aux Effectifs depuis Mars 44 pour le recrutement et la formation des jeunes maquisards fut également désigné par Schneider responsable SAP pour le maquis sur le territoire duquel se trouvait le terrain « Prisonnier », véritable plateforme stratégique.
Ceci, après la découverte du dépôt de Valcros par les Allemands (heureusement évacué 2 jours auparavant dans la nuit du 12 au 13 juin 44 sur ordre d’Elie, évitant ainsi au village de Montauroux, de subir de sanglantes représailles).
Le dépôt d’armes inutilisable, Justin Blanc arrêté par la GESTAPO le 10 Juillet 44 lors de la rafle de Montauroux, l’équipe JOCKEY fut par conséquent dissoute sur décision des responsables SAP.

2/ Par leur action lors des combats de la Libération les FTP épaulèrent efficacement les armées alliées parachutées et débarquées lors des opérations du 15 au 20 Août 44 dans notre canton.
Les FTP incorporés dans les FFI étaient placés sous les ordres du Lieutenant René Silvani, responsable de l’Organisation de la Résistance de l’Armée (ORA), du secteur Fayence/St Raphaël, et d’Elie Tallent, devenu son adjoint, à qui Manzone a confié le commandement militaire du Camp Valcelli.
Dirigeant les postes de guérilla de La Colle Noire, de Camiole, le siège de La Roque à Fayence et minant les ponts de la Siagne pour contrôler la route de Mons (pensant que les Allemands se replieraient par là pour rejoindre la route Napoléon) Elie Tallent et René Silvani, aux côtés des parachutistes américains, guidèrent les combattants FFI, majoritairement FTP du Malay. (Source : dossier individuel FFI, service historique de La DEFENSE – VINCENNES -).
Cependant, un des épisodes sans doute le plus décisif de ces combats fut la destruction du radar ennemi situé sur les hauteurs de Fayence. A l’issue d’une réunion au maquis, le 14 Août 44, de tous les chefs FFI de Draguignan, St Raphaël, du Muy et des Arcs, le maquis MANZONE reçut l’ordre d’Alger à 20 h d’effectuer ce sabotage.
Menée par une poignée de maquisards, dès minuit cette mission fut un succès et eut des répercussions considérables sur le débarquement du 15 Août. Ce radar surveillait, en effet, toute la côte et la zone du débarquement. (Source : Rapport particulier du Capitaine Lougre, Chef du groupe de Parachutistes de la Marine, SHD Vincennes).
Après le 15 Août beaucoup de FTP ont formé le Régiment des Maures, basé à Draguignan et placé sous les ordres du Colonel Denis Fontes. Certains ont continué le combat jusqu’au 8 Mai 45, d’autres sont retournés dans leurs foyers. Mais la plupart des anciens maquisards FTP ont rejoint les Forces Républicaines de Sécurité (FRS), créées par Raymond Aubrac, nommé Commissaire de la République à Marseille.
Telle a été la gloire de nos pères.
Ces paysans devenus d’héroïques maquisards, par nécessité.
Pourtant, dans le vacarme des fanfares qui célèbrent chaque année les anniversaires de la Libération du Pays, la note sourde du deuil des FTP paraît s’éteindre.
Nous, leurs enfants, sommes dépositaires de cette mémoire, de ce passé. Pour que le silence des tombes ne devienne pas celui de l’oubli, pour que ces « héros de l’an II », ces « va nus pieds superbes » n’aient pas fait inutilement le sacrifice de leurs vingt ans, nous devons résister pour que leur mémoire ne s’éteigne jamais, comme la flamme de la Résistance.
Si Victor Hugo avait été de ce siècle, il aurait glorifié ces femmes et ces hommes qui ont compris, au-delà des clivages de leurs opinions, le sens véritable de la devise que notre République grave aux frontons de ses édifices.

Avertissement : Je ne prétends pas ici me substituer aux historiens ; j’ai souhaité restituer la mémoire des FTP, de ces hommes que les manuels scolaires ont eu l’indécence d’oublier.
Pour les lecteurs intéressés par cette période de notre histoire locale, je conseille vivement la lecture de la thèse de doctorat « La Résistance dans le VAR », datant de 1989, de J.M. Guillon, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Provence, membre du CNRS, spécialiste incontesté de la résistance dans le VAR.

Catherine Laffargue -Tallent, à Montauroux

8 Comments

  1. Bonjour Madame CORD,

    Je m’intéresse actuellement à la famille DRELON de Clermont-Ferrand dont l’une des descendants est votre grand-tante, Germaine. J’ai quelques informations concernant son enfance mais je perds malheureusement un peu sa trace entre son mariage, en 1914, et son rôle actif dans la résistance à Fayence. Je serais ravi d’échanger avec vous les informations que nous avons en notre possession.

    Bien cordialement

    Jean-Patrick CAUQUIL

  2. Bonjour. Merci de cet article qui rend hommage au courage de nos anciens. Je n’ai quasiment pas connu ma grand-tante Mme Michel-Jaffard, je me souviens de son fils adoptif mais c’est très loin. Ma cousine qui habite Fayence ne les a que peu fréquentés. Pourtant j’aimerais en savoir plus sur ce que fut leur vie. J’ai appris par exemple que René, allemand de naissance avait vécu sans papiers de la fin de la guerre jusqu’à la chute du Mur de Berlin…Je serais très reconnaissante à toute personne pouvant m’en apprendre plus. Aline Cord.

  3. Bonjour,

    Je souhaite compléter un dossier sur le maquis FTPF-MOI de Peille.

    Je recherche des renseignements sur Jordan OUTCHAROV dit Marcel d’origine Bulgare.
    Jordan OUTCHAROV a créé le maquis de Peille Ongrand. Il a été tué le 16 août 1944 à Grasse.

    Merci

    Marcel BROCART

  4. Bravo pour cet article qui rend hommage aux FTP dont mon grand-père, Elie, a fait partie et qui rend aussi hommage au fin stratège qu’était TILLON.
    Merci de les rappeler, eux et leurs frères d’armes, à notre mémoire.

    Bernard.

  5. l’article de Catherine Laffargue-Tallent est très intéressant, très précis et a le mérite de rappeler le rôle incontestable des FTP dans la Résistance, rôle souvent minimisé par les journalistes et les éditeurs de livres d’Histoire pour les élèves.

    Je connais surtout, pour l’étudier, la Résistance dans le département voisin des Alpes-de-Haute-Provence., où les maquis (AS.FTP.ORA) étaient bien présents aussi ainsi que la S.A.P. et le S.O.E.

    Votre site m’a été signalé par le fils d’un membre de la S.A.P. des Basses-Alpes, dont le chef était le poète René Char qui a écrit de très beaux textes sur ces événements. . Très belle expression « la gloire de nos pères », ces pères dont vous pouvez être fiers.

    Je pense que vous connaissez le livre-témoignage « le cahier rouge du maquis » de Gleb Sivirine qui a été édité il y a quelques années concernant la création et la vie d’un maquis de l’A.S. dans le Haut-Var.

    Naturellement nous connaissons bien et apprécions beaucoup Jean-Marie Guillon, universitaire à Aix-Marseille, historien de la Résistance provençale;

    Thérèse Dumont, résistante en zone interdite (rattachée à Bruxelles), coprésidente de l’association
    BASSES-ALPES 39-45, une mémoire vivante -Histoire & Culture
    Maison des associations
    04100 – Manosque.

  6. bonjour
    mon pere rene forthomme a ete prisonier de guerre avec xavier michel Jaffar fils
    de Madame jaffar mes parents suite a des reticences familliale se sont installes a
    fayence .Mon frere Claude est ne en 1946 a frejus et moi meme suis ne a Fayence.
    J’ai bien connu madame jaffar et horst schneider je les est rencontre lors de nos
    vacances en 1966 avec nos parents.Puis en1969 et 1973 .Mdame Jaffar etait une
    personne qui par sa vie pleinement rempli sucitait de l’admiration et de respect elle nous racontait humblement ses faits de resistances nous l’ecoutions avec beaucoups dhumilites
    que reste t’il de ses memoires de nos anciens?
    cordialement
    Jacques Forthomme
    ps..nous avons quittez le var en 1948

  7. bonjour,mon oncle Rapuc marcel etait maquisard à st-raphael, il habitait montauroux ,lors du debarquement de provence,le 17 aout avec son groupe il a empeché un camion allemand de monter au village ce faisant le reste du convoi a continuer vers draguignan,avez vous des reseignements sur le reseau fayence-st-raphael, merci, ciao.

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