Un Pays sans paysans ?

Un agriculteur à Tourrettes (c) Gil pour le Nouveau Journal
Quelques flashes back de la Provence de Giono, des paysages de Cézanne qui percutent l’inconscient collectif surtout en ces périodes de doute sur le bien fondé de la globalisation et de la mondialisation économique ou des mots comme dépendance alimentaire, pénurie, émeutes de la faim ne semblent plus tout à fait de l’ordre de scénario de science fiction, etc,etc..
Et pas une élection locale depuis l’après guerre sans le couplet incontournable, tous programmes confondus, sur le maintien nécessaire de l’activité agricole, l’installation de jeunes dans ce métier, etc, etc..
Pas de pays sans paysans, parait-il…
Pourtant à l’envers de la carte postale, notre canton en prend inexorablement le chemin.
Au programme les mêmes problèmes qu’ailleurs : stagnation des prix de vente, inflation des charges d’exploitation mais en moins les subventions qui sont, contrairement à l’opinion communément acquise, réservées à quelques cultures bien spécifiques et surtout proportionnelles à la taille des exploitations… donc pratiquement nulles ou dérisoire pour la plupart des micro structures agricoles qui surnagent péniblement dans ce pays où le foncier est devenu inaccessible.
Ce qui implique souvent la nécessité d’une activité annexe, un surcharge de travail ou d’investissement et, finalement des revenus plus qu’aléatoires.
Alors, installer des jeunes ! Moins simple qu’il n’y paraît !
Si en zone de désertification, l’agriculteur est choyé parce que vécu comme l’acteur essentiel de la survie économique et de l’aménagement du territoire, a contrario notre canton connaît une explosion démographique sans précédent.
De là à penser que les paysans seraient devenus des occupants gênants d’un espace tellement convoité…
Toujours est-il que si la propriété constructible peut être garant de prospérité, la propriété agricole est une charge qui devient vite insupportable avec l’âge. Allez donc entretenir qui ne fait plus vivre, après une vie usante de dur travail et avec une pension retraite de 500€ par mois. Mettre en location tient du sponsoring, le repreneur, s’il existe, ne pourra s’acquitter d’un loyer en général autre que symbolique..
Alors, à chaque succession et partage la terre s’vendue souvent à qui avait les moyens d’attendre l’évolution du P.O.S. et elle se vendra encore.
Question : ceux qui, par vertu ou contraints et forcés par les aléas du P.O.S., ont contribué à constituer ou à maintenir ses réserves foncières cultivables (reconnues de salubrité publique) seront-ils les grands lésés du développement (j’allais dire les cocus) ? Auraient-ils pour vocation héréditaire le devoir de conserver sans contrepartie un cadre agréable au reste de la population, et donc à ceux qui, exemptés par les mêmes aléas des P.O.S. et de ces considérations écolo malthusiennes, pourraient profiter de la ruée vers l’or, voire s’enrichir sans effort dans des opérations immobilières dont l’utilité pour bon nombre d’entre elles reste à prouver en terme d’intérêt général.
Quelques compensations ne seraient-elles pas de l’ordre du minimum décent ?
Ceux qui, par leur travail ont façonné ou façonnent encore ces paysages unanimement appréciés, ne mériteraient-ils pas encouragement et soutien pour cette fonction environnementaliste ni reconnue, ni rémunérée ?
Toutes ces questions se résument en fait à une seule : y-a-t-il, oui ou non, la volonté politique de perpétuer une économie rurale et le tissu social qui en dépends dans ce canton ? ou faut-il définitivement tourner la page ?
Il faudra bien donner une réponse à ceci: oui ou non, le paysan a-t-il encore sa place ici ? En temps que tel ?
Et jusqu’à quand pourra-t-il tenir dans cette position de Don Quichotte à qui l’on tâte le pouls avec un peu de condescendance, en sachant sa fin inéluctable, mais en souhaitant quand même qu’il ne lâche pas trop vite, histoire de garder le plus longtemps possible un panorama pas trop dégradé sous les yeux ?
Il est peut être temps d’interpeler les décideurs économiques et territoriaux qui semblent peu loquaces sur la question. Sans réponse rapide et appropriées, je crains que ceux-ci ne soient dans un avenir proche amenés à faire appel à des intermittents du spectacle en lieu et place du bon paysan du cru toujours très sollicité lorsqu’il s’agit de figurer en photo sur les dépliants touristiques et autres bulletins « d’information municipale » .
Jean Claude BRESSI
Cultivateur périurbain…


Merci pour ce pavé dans la marre ! … ou plutôt sur le parking !!!
Effectivement l’aménagement du territoire relève d’une volonté politique (POS/PLU, préemptions, …)
Notre association « Regain de l’Esterel » est totalement en phase avec ce message et œuvre dans le même sens.
Amicalement,
JPR
Bravo Jean-Claude
Je n’aurais pas pu le dire mieux et venant de toi ca a certainement un peu plus de poid que tout ce que les artistes visiteurs comme moi peuvent y ajouter.
On ne retrouvera pas le pays du passe mais on devrait vraiment poser cette question sur le role de l’agriculteur et de son existence maintenant et pas demain.
Respects et A+
Remy