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Ecomusée, l’histoire continue

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Et oui, il arrive qu’on change « une équipe qui gagne » !

Mardi 13 décembre 2016, la gestion et l’animation de l’association Environnement Mémoire Locale, plus connue sous le nom d’Écomusée du Pays de Fayence, a changé de mains. Que toute l’équipe qui a œuvré, pendant 7 ans, au côté de Bernard Lion, en soit vivement remerciée. Elle transmet une association saine et dynamique, en plein essor, et envisage un nouveau projet associatif, mais chut… ils vous en diront plus eux-mêmes en temps voulu.
 
Le nouveau conseil d’administration compte 6 nouveaux membres, remplaçant les 7 départs volontaires et le bureau se voit complètement renouvelé par Elodie, Sandrine, Léa et Véronique.
 
Au niveau des actions de développement et d’animation, la priorité est donnée au « lien vivant et bienveillant » :
– lien entre les pièces de collections et leur remise en service, à travers des expositions dynamiques, des démonstrations ou des ateliers réguliers.
– lien entre les générations, entre mémoire des anciens et goût d’apprendre des plus jeunes.
– lien entre les vieilles pierres et les « créatifs locaux » (artisans, artistes, professionnels ou amateurs). Qu’ils trouvent à l’écomusée une vitrine de leurs savoir-faire et une occasion de les partager.
 
Nous souhaitons, que ce lieu patrimonial magnifique soit, à la fois, un lieu de transmission du patrimoine local, mais aussi un lieu d’actions et de coopération. Travailler et agir ensemble pour la remise en état et l’entretien des collections et du lieu (outils, du matériel a moteurs, restauration en tout genre, pierres …), c’est garder en vie et transmettre un patrimoine, mais aussi des valeurs humanistes d’entraide et de respect.
 
Nous souhaitons qu’un tel environnement permette à chacun de s’immerger dans un milieu agréable, bienveillant et enrichissant, où il puisse partager, apprendre ou transmettre ce qui l’intéresse, dans le respect de ce qu’il est et de ce qu’il aime.
 
Pour 2017, nos énergies se focaliseront, plus particulièrement, sur la remise en état durable de l’alimentation en eau de la roue à augets, la possible réhabilitation du bouilleur de cru, l’accueil d’activités éducatives bienveillantes et l’organisation d’expo au fil des saisons.

Des ateliers « patrimoine » hebdomadaires sont d’ores et déjà opérationnels pour les adhérents. Ils concernent le travail de la laine, de la toison aux chaussettes (un jeudi sur 2, de 14h à 17h). Sans oublier les ateliers des Colibrilles, qui accueillent les enfants de tous âges à l’écomusée, les mercredis et pendant les vacances, pour des activités concrètes en lien avec leurs centres d’intérêts.
 
Toute l’équipe de l’écomusée vous souhaite une belle année 2017, remplie d’enthousiasme et de partage !
 
 

Qu’est-ce qu’on attend ? Un homme d’exception…? par MaHel Goudet-Gérard de Saint-Paul en Forêt

nj mahelVendredi 9 décembre à la Maison Pour Tous, projection du film documentaire « Qu’est-ce qu’on attend ? », de Marie-Monique Robin, sur un village d’Alsace « en transition » (sous-entendu énergétique, mais pas que…). Dans la salle, une centaine d’irréductibles gaulois du canton, un élu, celui de la commune de Montauroux, l’équipe qui a eu la bonne idée de faire venir le film et d’inviter le maire d’Ungersheim, et Monsieur… mais comment s’appelle-t-il déjà ?

Son nom s’efface systématiquement derrière celui de sa commune, pourtant, ne nous trompons pas (plus) de héros (ou héraut ?) : il est la preuve vivante qu’il en reste ! Les habitants de la commune d’Ungersheim, en effet, ont eu le « nez » d’élire une fois cet homme modeste et déterminé, et le bon goût de le réélire 4 fois, sur présentation des résultats : des succès obtenus grâce à l’activité efficace de ce petit « groupe de personnes » qui, selon Margaret Mead, serait systématiquement à l’origine des changements dans le monde.

Ungersheim, c’est un village comme tant d’autre, en Europe, …et sans doute ailleurs. Ancré dans une culture locale forte (ici, alsacienne) et assiégé par les conséquences de la mondialisation (ici, une monoculture intensive de maïs destinée à tous les bouts du monde, donc, créatrice de furieuses émissions carbone).
Un village ordinaire des années 2000 : plus de cultures vivrières de proximité, de moins en moins d’emplois locaux (la grande ville, Mulhouse, les centralise), des subventions gouvernementales en baisse (la crise ne profite pas à tout le monde) et une facture énergétique qui se creuse : au pays de Fessenheim, l’élu précédent a misé comme tout le monde sur l’électricité « bientôt gratuite » que devait générer le nucléaire, pour alimenter les équipements municipaux.

Au départ, donc, une problématique commune à la plupart des maires de France : joindre les deux bouts pour faire vivre quelques-uns des projets qu’ils portent. En face, un homme. Modeste, il est mineur de potasse, descendant de mineurs. Pragmatique, il choisit d’augmenter le budget en diminuant la facture énergétique en finançant l’investissement photovoltaïque avec l’aide de l’Ademe pour gagner sur la réduction des coûts de fonctionnement, non finançables. Idéaliste, il a fait sienne la devise de Gandhi selon laquelle « L’exemple n’est pas le meilleur moyen de convaincre, c’est le seul ». A ses côtés, une poignée d’activistes, de faiseurs (NDLA : identiques, l’appellation varie en fonction du bord politique). Sont-ils 5 ? Sont-ils 40 ? Ils le suivent d’enthousiasme et transforment ses idées et moyens en réussites tangibles qui se succèdent : ferme photovoltaïque, cultures vivrières bio, transport scolaire en carriole (symbolique de la réduction des émissions carbone) maison de la nature bioclimatique, alimentation des cantines en bio, vente des produits de la ferme bio, transformation des produits agricoles bio, partenariat avec une école pro solaire allemande en vue de faciliter l’installation photovoltaïque chez le particulier, création d’un conseil participatif ouvert à tous (symbolique de la démocratie participative), monnaie locale (Symbolique de la consommation locale), etc. (car ce n’est pas fini).

Derrière : des citoyens pas forcément actifs, pas forcements optimistes, souvent râleurs, qui servent de garde-fou et sanctionnent – sévèrement – l’action du maire : jusqu’ici, 4 réélections ! Résultat : une commune énergétiquement propre, autonome, économe qui nourrit (bien) ses enfants et a créé une centaine d’emplois pour 2 200 habitants… La chance, quoi !

Alors, Messieurs les Maires, qui tous, à l’exception de celui de Montauroux, avez raté cette rencontre du 3ème type, qu’est-ce qu’on attend, ici, pour faire pareil, ou mieux encore ? Le canton de râleurs ? On l’a. La poignée de faiseurs ? On l’a. Les problèmes de sous ? On les a.
Alors, qui sera notre Jean-Claude Mensch ?

Car, oui ça ne s’invente pas, c’est son nom, au leader : Monsieur Mensch, maire d’Ungersheim. Un homme, qui fait l’homme dûment.

CHASSE ! Et si on parlait sangliers ? par Denis Piliot de Callian

sanglierLe sanglier est un animal qui s’adapte à tout. Il peut venir dans votre jardin même avec les lumières allumées chez vous et la porte crachant du Michael Jackson à tue-tête. Avec le micro-climat de la région PACA il se reproduit à grande vitesse. Pour cela il lui faut un climat doux, une quantité de nourriture suffisante et que ses por-tées arrivent à terme sans mort-nés. Quand ces conditions sont réunies, la laie est porteuse d’uneglande qui déclenche les chaleurs quand elle le désire et c’est pour cela qu’il y a une telle quantité.

Et j’en profite pour rajouter que depuis bien des années, les lâchers de sangliers sont totalement interdits. Quant à la chasse proprement dite elle s’effectue en battue avec un cahier des charges précis et des directives supervisées par un chef de battue: pour la nôtre, un lieutenant de louveterie qui dépend de la Direction des Territoires et de la Mer (DDTM). Le préfet nous donne, et ce, de plus en plus, le droit à des battues administratives, très encadrées avec dépôt de date
dans les mairies concernées et à la gendarmerie.

Les particuliers nous sollicitent pour l’abattage en vue de la régulation, ce n’est pas une tuerie, nous prenons un nombre suffisant de bêtes en un endroit donné. La règle première de chasse qui était de 150 mètres de toute habitation, a changé : nous avons maintenant le droit de tuer une bête, après l’avoir identifiée, le dos tourné à l’habitation, une mesure que peu de citoyens connaissent, pensant que c’est toujours l’ancienne règle qui est en vigueur.

Je finirai par dire que le sanglier cause beaucoup d’accidents routiers : 28 000 dénombrés à l’échelon national; et pour notre canton c’est particulièrement sur le pourtour du lac qu’il faut être vigilant car ils vont boire et remontent dans le Massif environnant par la suite.

Mais non, tout ne va pas si mal chez nous ! par Pascal Charoy de Fayence

l'aérodrome de Fayence

La lecture de votre journal me permet d’en apprendre un peu plus sur la vie des habitants du Pays de Fayence. Je découvre leurs efforts pour tisser du lien mais aussi leurs difficultés à vivre ensemble. Or les problèmes sont nombreux si j’en juge par les courriers que vous publiez. Il serait dommage que votre indispensable publication se transforme au fil du temps en un cahier de doléances. Aussi, je voudrai apporter un peu d’optimisme dans votre prochaine édition, un regard positif sur ce pays que j’ai découvert en 2010. Nous avons, avec ma famille, beaucoup bougé en France, passant d’est en ouest, du nord au sud. En me basant sur mes précédentes expériences de vie, je vais brièvement vous dire ce qui est beau à mes yeux ici, et ce qui l’est moins, en privilégiant les problèmes qui relèvent plus de la responsabilité collective, que de la responsabilité individuelle.

Commençons par la liste non exhaustive de ce que j’aime :
1. La récolte des olives l’hiver, cette huile soyeuse et goûteuse qui sort du pressoir au petit matin. Mon huile ! Quel dommage, je n’en ferai pas cette année…
2. Les légumes dodus, colorés et savoureux du marché paysan et ses roses, surtout ses roses si belles et odorantes qu’il n’y en a plus dès 10 heures du matin ! Bravo également aux maraîchers qui vendent leurs produits en direct.
3. Le brassage des nationalités. Sur les marchés, au restaurant, j’aime entendre autour de moi des conversations que je ne comprends pas. J’aime aussi lorsque mes amis hollandais font l’effort de parler français.
4. La terrasse bondée et forcément bruyante du restaurant, un soir d’été, dans les hauts de Callian. Un service discret, impeccable, efficace malgré l’affluence.
5. Les sommets qui se nappent de blanc après une pluie froide d’hiver sur Fayence. Quelle chance de vivre entre mer en montagne !
6. Les planeurs qui dessinent des courbes élégantes dans l’azur et l’esprit de liberté qui règne à l’aérodrome. Pourvu que cela dure !
7. Les transports scolaires. Nous n’avons certes pas de lycée mais les bus sont modernes, nombreux et ponctuels.
8. Le cinéma de Montauroux quand il nous emmène dans les coulisses du Metropolitan Opera de New-York ou du Bolchoï à Moscou.
9. La zone artisanale de Brovès-les-Seillans, un savant mélange de services et d’ateliers de production à l’architecture harmonieuse.
10. Les troupeaux de moutons qui pâturent dans la plaine et les agneaux à la démarche incertaine.

Passons au revers de la médaille, une sélection de ce que je n’aime pas :
1. Le peu de place fait aux piétons et vélos sur nos routes. Une piste cyclable entre les quatre chemins et Fayence serait un bon début.
2. La pléthore de commerces qui défigurent la plaine. Tout a été dit sur le sujet.
3. L ’impossibilité de construire un lycée quand il est si facile d’ériger des bâtiments commerciaux.
4. Je n’aime pas quand des élus défendent une nouvelle route pour les habitants qui travaillent loin de chez eux. C’est entériner l’incapacité du territoire à créer des emplois de proximité.
5. Je n’aime pas que l’on abandonne les activités de production en misant tout ou presque sur le commerce.
6. Les défauts d’équipement du lac de Saint-Cassien qui mérite bien mieux.
7. Nous sommes parfois exposés à la violence des éléments. Face à leurs conséquences, je ne comprends pas ceux qui accusent le ciel sans voir que l’homme construit de manière imprudente.
8. L’absence de valorisation du bois de nos forêts. Pourquoi ne pas favoriser une filière moderne d’approvisionnement en bois de chauffage du pays ?
9. Je regrette que toute la matière grise de la région soit concentrée à Sophia Antipolis. Décentralisons la recherche et l’innovation, c’est le meilleur moyen d’accélérer l’arrivée de la fibre !
10. Et enfin, je n’aime pas voir tant de maisons fermées l’hiver…

Voilà, quand je pèse le pour et le contre, j’arrive à cette conclusion que tout n’est pas si mal dans le pays de Fayence. Je vois toutefois deux axes prioritaires pour les élus à qui nous avons confié le pouvoir de prendre des décisions : créer plus d’harmonie et de diversité dans nos déplacements et favoriser la création d’emplois productifs et durables.

Votre journal contribue assurément à baliser ce chemin parfois étroit vers un avenir meilleur. Pour cela, un grand merci !

Retour de Maraude à Vintimille par Félix Chabaud pour le Foyer rural de Fayence-Tourrettes et l’équipe de la maraude du 23 Décembre

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Nous avons rencontré Jean-Noël sur le marché du Monde installé devant l’espace culturel à l’occasion du festival Bagiliba. Jean-Noël est habitant de St-Dalmas de Tende dans la vallée de la Roya et il représente l’association Roya Citoyenne. Il nous a raconté les centaines de « migrants » échoués à Vintimille, à deux pas de la frontière mythique de la France inaccessible. Il a parlé de leur détresse, de leurs traumatismes après des mois voire des années d’errance à travers l’Afrique depuis des régions misérables épuisées par les conflits : Soudan, Erythrée, Nigéria…
Il a dit leur espoir en notre société tellement plus stable et riche de sa démocratie. Ils ont fui la guerre, la dictature, la famine. Ils attendent patiemment que la porte s’ouvre et que leur demande d’asile soit entendue par nos autorités, mais la porte est fermée à double-tour et nombre d’édiles ont décrété sans vergogne: «ma région, ma ville sans migrants!»

Ceux-là qui décident du sort des autres ont oublié les chemins périlleux suivis par leurs aïeux pour sauver leur famille des mêmes maux: la misère, l’oppression arbitraire d’un dictateur; pourtant leurs noms disent leurs migrations passées, leur intégration dans notre pays si riche de ses multiples origines.
Les migrants errent aujourd’hui dans Vintimille; ils cherchent abri près de la gare ou sous les ponts qui enjambent la Roya; plusieurs centaines dorment sous tente dans « Il campo » le camp de transit installé par la Croix Rouge italienne en difficulté financière qui les nourrit sommairement; tous survivent grâce à l’aide formidable de particuliers, d’associations humanistes de toutes vocations et origines telles Caritas, italienne et catholique, ou Habitat et citoyenneté, française et laïque.

Jean-Noël, lui, agit avec Roya Citoyenne, exemplaire réseau d’habitants des hauts villages de la Roya qui accueille les migrants égarés dans ce cul-de-sac de la France entre les frontières de Vintimille et de Tende. Ils arrivent là chaque jour après un périple sur la route ou les chemins périlleux de montagne. Certains les hébergent et les nourrissent le temps d’une nuit ou deux pour qu’ils se retapent. Beaucoup participent à ce qu’ils appellent des « maraudes », journées de préparation de repas et de distribution. Ils sont organisés en 7 équipes autonomes (6 dans la Roya, une dans la Vésubie) et permettent chaque jour la subsistance des centaines d’hommes qui attendent à notre frontière.

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Ces citoyens de la Roya sont formidables de générosité et d’humilité, de patience et de courage aussi. Ils œuvrent sans faiblir depuis le début de l’été; plusieurs ont été inquiétés par la « justice » pour leur action auprès des migrants égarés sur notre territoire.
Que peut-on leur reprocher? Ils sont simplement femmes et hommes conscients, dignes et droits; l’indifférence à la misère humaine leur est insupportable.
Nous savions déjà confusément par les médias, les réseaux «sociaux», internet, la difficulté des migrants, l’engagement de citoyens courageux. Nous nous sentions privilégiés sur notre terre, en marge, honteux de notre inaction, de notre impuissance. Nous avons écouté Jean Noël dont nous connaissons nombre d’amis acteurs des foyers ruraux des Alpes maritimes. Nous avons voulu le rejoindre, aller sur le terrain, comprendre la détresse des migrants, l’engagement pour eux des citoyens. Il nous fallait «prendre notre part».

Notre association dynamique, le Foyer rural, a été fondée sur les principes de solidarité, de partage, d’accueil. Il était évident pour nombre d’entre nous
que nous devions et pouvions nous mettre au service des amis de la Roya, les aider un peu dans leur tâche quotidienne.
A leur demande, nous avons organisé la « maraude » du 23 décembre. Nous étions 30 au Mille clubs ce jour pour préparer le repas de
250 migrants, trier et emballer des centaines de vêtements chauds à destination de Caritas, 30 de toutes origines sociales, géographiques, philosophiques, associatives…

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Le soir, nous étions 10 à rejoindre Vintimille où nous avons distribué les sachets d’aliments, le Chili con carne chaud préparé par la généreuse équipe du Nouveau journal, les vêtements d’urgence. Nous avons rencontré de petits groupes de jeunes africains aux alentours de la gare, sur des parkings ombreux, aux abords
de l’église où logent les 60 familles accueillies par la paroisse. Nous avons pu échanger un peu avec eux malgré nos difficultés de langage réciproques. Ils sont tous infiniment calmes, patients, respectueux malgré le froid, la faim, la fatigue, le poids de l’exil. Nous avons reçu leur profonde humanité comme une évidence, celle de la fraternité dont trop souvent nous ne comprenons plus le sens tant nous sommes barricadés derrière nos certitudes et nos peurs, engoncés dans nos possessions.

maraude4C’était la veille de Noël une « maraude » dans la nuit de Vintimille. Depuis, des images nous habitent : des jeunes africains et italiens qui chantent, rassemblés autour d’un braséro; des dizaines d’hommes qui marchent dans le froid au long de la route qui mène au campo ; les visages des copains et des policiers qui nous contrôlent dans la lueur des gyrophares sous les fenêtres aveugles des immeubles; cette terrible vision à notre retour de Vintimille de ces vingt hommes courant au bord de l’autoroute dans un tunnel dans le froid de la nuit…

On revient de la maraude un peu plus conscients de notre pouvoir de citoyens, riches de nos rencontres et de notre partage solidaire. Nous avons mis en commun nos moyens, réseau d’amis, matériel, argent, bonne volonté et humeur joyeuse! Il y aura sans doute un jour prochain une autre « maraude » pour aider les amis
de la Roya dans leur courageuse action; si vous voulez participer, faîtes-vous connaître auprès du foyer rural de Fayence-Tourrettes. Plus on est de fous…

Si vous voulez agir :
Habitat et citoyenneté (hébergement, dons) tel : 09 53 14 66 86 ;
Caritas (dons) tel : 04 93 87 47 30 ;
Cimade (dons) tel : 06 16 14 53 56 ;
Foyer rural de Fayence-Tourrettes (collecte, maraude) tel : 04 94 76 58 15 ;
Roya Citoyenne tel : 07 82 81 75 66.

Y’en aurait pas pour tout le monde par Thérèse Cravino de Fayence

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Fraternité générale, vous vous souvenez ? C’était l’intitulé du clip que l’on a tous vu sur les chaînes de France télévision en novembre, à l’initiative d’un mouvement qui veut promouvoir la fraternité au travers de la culture. Celle-ci ne semble pas être inscrite au programme du Conseil Régional de Paca puisqu’il a fait voter une motion contre l’accueil des migrants. En réaction, des mouvements de protestation se sont déroulés sous forme de manifestations, de pétitions sur le Net « oui aux migrants, la réponse de monsieur Estrosi nous fait honte ». Pourtant notre région ne fait pas partie des plus défavorisées de France.

Avec un budget de 2,2 milliards d’euros, ce n’est pas quelques dizaines de réfugiés à prendre en charge qui vont l’épuiser. Les bras m’en sont tombés lorsque j’ai appris par les médias que l’un de nos concitoyens est passé en jugement pour avoir transporté 3 jeunes migrantes blessées sur une route de la Roya. Ne trouvez-vous pas que le monde tourne à l’envers ? Ce sont plutôt les personnes qui les ont croisées en fermant les yeux, qui devraient être poursuivies pour non-assistance à personne en danger. Le cœur a ses raisons que la loi ne reconnaît pas ! Si ce sujet me tient à cœur, c’est que je me suis mariée en 1970 avec un immigré qui avait fui son pays, le Portugal, dictature salazariste, et ses guerres coloniales.

Arrivé en France, il a suivi des cours de français pour étrangers en faculté, puis a préparé une licence d’histoire. Son diplôme en poche et sa naturalisation, il a intégré l’éducation nationale et a enseigné « l’histoire de France » à des milliers de petits collégiens. Cette place dans la société française a été sa grande fierté. Les nostalgiques de la France « gauloise » vont devoir se rendre à l’évidence : de par les différentes migrations du XXème siècle, notre pays est devenu une
nation multiculturelle.

Nos jeunes générations auront sans doute un regard différent du nôtre, eux qui auront côtoyé sur les bancs de l’école des enfants d’origines diverses. Ils n’auront plus la méfiance, voire le rejet de ceux qui ne leur ressemblent pas. Même si la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, selon la formule de Michel
Rocard, elle pourrait en prendre une petite part, et faire preuve d’un peu d’humanité envers ces migrants qui fuient la guerre. Malheureusement, ce n’est pas la volonté des élus de la région. La possibilité d’un monde meilleur ne dépend pas seulement des décisions politiques, mais aussi de la volonté de chacun de nous à
y parvenir.

1851 Ils se levèrent pour la République ! par Mathieu Cecchinato de Montauroux

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Le samedi 4 février, l’«Association 1851, mémoire des résistances républicaines» et la commune de Montauroux rendent hommage aux habitants de cette commune qui n’ont pas hésité à s’engager contre le coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte du 2 décembre 1851. Acquis aux idées républicaines et désirant une république démocratique et sociale, le peuple des villages du Var prend les armes pour s’opposer au rétablissement de l’Empire.
C’est une véritable insurrection, qui rassemble des milliers de varois, en marche vers la préfecture de Draguignan pour rétablir le droit et sauver la démocratie.

Mais l’armée, fidèle au futur empereur, anéantit la colonne insurrectionnelle à Aups le 10 décembre, au prix de dizaines de morts et de centaines d’arrestations. La répression qui va suivre sera féroce : le département placé en état de siège, des milliers de varois poursuivis et condamnés devant des tribunaux d’exception !

Les habitants du canton de Fayence ont été aussi au cœur de ces évènements, plus de 140 personnes poursuivies et de lourdes condamnations prononcées contre les républicains de nos villages. Cette tragédie est l’acte fondateur de l’attachement des varois à la République. Voici le programme de cette journée du 4 février 2017

Toute la journée : exposition de documents rassemblés par les archives départementales sur le soulèvement républicain dans le Var et particulièrement dans le canton de Fayence (dans la salle de la Maison Pour Tous).

11h : inauguration de l’exposition et évocation de l’histoire du mouvement insurrectionnel à Montauroux et dans le canton par Gabriel Chabaud.
12h : apéritif républicain
15h30 : projection du film de Christian Philibert, 1851, ils se levèrent pour la République suivi d’un débat animé par Frédéric Négrel, historien.

Une plaque rappelant l’engagement des républicains de Montauroux sera posée ultérieurement dans une rue du village.

Edito NJ n°33 Hiver 2017

Edito

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Pardon M’sieur DESNOS, une fourmi de 18 mètres avec un chapeau sur la tête, ça n’existe pas mais… Un
p’tit journal libre et gratuit sans subvention, sans pub, mais oui, ça existe vraiment !

Des défenseurs de nos villages
De la nature, des lacs, des plages
Des citoyens prenant la plume
Pour dire leurs joies, leurs amertumes
Ça existe vraiment !


Les adhérents et leurs oboles,
Les habitants et leurs paroles
Ça existe vraiment !

Les p’tits repas trimestriels
Et leurs bénefs providentiels
Quand les cuistots par leur bonne bouf’’
Remplissent la caisse et qu’on dit : ouf !
Ça existe vraiment !

Avec ses meilleurs vœux, le Nouveau Journal offre à tous cet élixir de transformation : La liberté de parole, ce bien précieux qui s’usera si l’on ne s’en sert pas!
À vos crayons, plumes, stylos, ordinateurs, les mots contribuent à changer le monde, ils matérialisent les espoirs, précèdent et engendrent les actes: 2017, cette nouvelle année, aidons-la à devenir bénéfique pour notre Canton de Fayence.

Envoyez vos courriers ou venez les apporter aux réunions du Nouveau Journal le lundi à partir de 18h30 dans le petit local contigu au gymnase du Collège Léonard de Vinci, et aidez-nous à en assurer la publication en le distribuant, en adhérant et en faisant adhérer vos connaissances.

Notre, votre Nouveau Journal est âgé de huit ans à présent, il est le véhicule de vos idées, votre coopération et vos adhésions en sont le carburant. Sans vous, sans votre soutien et votre participation, l’enfant ne serait pas viable, alors nous comptons sur vous pour l’aider à devenir centenaire !

Rolande Audbert, membre du CA

La gratuité a un prix, adhérez !

Le Petit Lexique Du Parler Local

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par Jean-Claude Bressi de Montauroux

provence

Le pâti, c’est le boxon, le souk, le chaos! Au sens propre, si vous habitez rue du Pâti ou place du Pâti, sachez que c’est le lieu où jadis les villageois venaient jeter leurs escoubilles et leurs bordilles et y escamper leur pissadoun et leur cagadoun.

Les escoubilles sont les balayures; en oc,escoubar, c’est balayer, une escoube, c’est un balai.

Escamper, du verbe escampar, c’est renverser.

Une bordille, c’est une ordure, c’est aussi la pire insulte en région PACA !

Un cagadoun ou un pissadoun, c’est un pot de chambre, un WC portatif.

Se faire entuber: se faire avoir, se faire posséder… A l’origine, la tubasse est une fumée épaisse.

Se faire emboucaner: c’est pareil, c’est se faire enfumer mais ça s’emploie plutôt dans le sens de se faire pourrir la vie.

Empégué: au sens propre : englué (la pègue, c’est la colle), sens communément employés: c’est être ivre, bourré ou encore avoir pris un PV par la maréchaussée!

Tiens, quelques nouvelles de la «langua nostra», qui a des locuteurs aussi de l’autre côté des Pyrénées dans quelques enclaves territoriales. Le parlement catalan vient de voter la reconnaissance de la langue d’oc comme langue officielle de la Généralité de Catalogne. A contrario, de notre côté des Pyrénées, le sénat vient de refuser de ratifier la charte européenne sur le droit des minorités linguistiques (ou des langues régionales, si vous préférez !).

Nos sénateurs étaient-ils empègués le jour du vote ? Je crains que non !

En étouffant par tous les moyens depuis 3 siècles les cultures dites régionales, les classes dominantes (d’abord la noblesse de cour, puis la bourgeoisie jacobine) voulaient surtout détruire les cultures et l’expression populaires pour mieux établir leurs hégémonies économiques et culturelles. Sauf que ce faisant, elles se sont tiré une balle dans le pied, tant il est vrai que sous tous les cieux de ce bas monde, la culture populaire est la matrice, la source où est toujours venue puiser la culture dite « savante ».

Cette politique absurde et suicidaire risque bien un jour, finalement, d’avoir la peau de la langue et la culture française elles-mêmes. Nos sénateurs seraient fort avisés de méditer cette phrase (de Claude Lévi-Strauss, si ma mémoire est bonne): «Une langue qui meurt, c’est une vision du monde qui disparaît et une perte de savoir pour l’humanité entière».

Au fait, ce n’est pas ça le fameux universalisme républicain ? Non !

Ah bon…

Un peu d’histoire, Tourrettes au Moyen-Age

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par Henri Bresc de Tourrettes

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Village aux dimensions modestes (17 feux fiscaux en 1315-1316 ; 48 foyers en 1471) et seigneurie d’un rameau de la maison de Villeneuve, la Tourrettes médiévale a laissé une documentation éparse qui permet de retracer quelques moments de son développement. Le 17 février 1253 (Archives départementales du Var, notaire Jacques Honorat E850, fol124-126, copie du 21 août1473), c’est la délimitation passée entre les coseigneurs des deux villages, c’est à dire entre les terroirs de Tourrettes et de Puybresson, qui donne une belle série de noms de lieux, sources, « lacs », combes, vallons et possesseurs de terres. En 1326, lors des assises du tribunal de Fayence tenues le 6 mars (Archives du Vatican, Introitus et Exitus,163,fol160), la juive Bella de Tourrettes condamnée à 50 sous d’amende «pour usures », c’est à dire pour avoir dépassé le taux légal d’intérêt, verse les 15 sous qui restaient à régler. Cette notice confirme que Tourrettes hébergeait, rue Juterie, sous les murs du château, une communauté assez nombreuse pour célébrer le culte (il faut dix hommes adultes pour le Minyan, l’assemblée de prière), qu’elle comprenait au moins une officine de prêt que Bella gérait nécessairement au nom de ses enfants. C’était pour le seigneur un choix judicieux dans un XIVe siècle marqué par une vive expansion économique et une puissante croissance démographique vite tronquée par la peste de 1348.

De 1440 à 1467,le registre du notaire Honorat E850 contient 180 actes de reconnaissance de propriétaires de maisons et de terres qui énumèrent leurs possessions et déclarent les cens qu’ils doivent au seigneur de Tourrettes, Bertrand puis en 1450 Antoine de Villeneuve. De 1440 à 1447, il enregistre 53 déclarations et une vente: 29 des propriétaires sont des Fayençois et sur les 24 reconnaissances des Tourrettans on compte 11 chasements, ensembles composés d’une maison de village, d’une étable, quelque-fois d’une grange dans le terroir, d’une ou plusieurs vignes, de jardins, de vergers de prés et de terres. Ces dernières doivent la tasque, le quatorzième ou le quinzième de la récolte. De 1450 à 1459, une seconde vague compte 39 déclarations dont un seul étranger (un habitant de St-Paul).

En 1455-1466, enfin, sur 87 reconnaissances, 18 sont encore des Fayençois. Les déclarations renouvelées à la mort des propriétaires permettent de reconstruire et de suivre les familles. Chaque maison et chaque vigne, pré ou terre est soigneusement localisé, quartier, confins, chemins, propriétaires voisins et l’ensemble permettra une reconstitution du paysage rural et donnera quelques lumières sur le village et ses abords, église St-André et sa place, maison du seigneur, chapelle Notre-Dame.

La confrérie du St-Esprit confirme la force de l’esprit communal dont elle est partout en Provence l’expression. La présence de plusieurs artisans : savetier, forgeron, tuilier, barbier, fustiers, meuniers rappelle la diversification des activités: les chenevières où on cultive le chanvre, les fosses pour rouir les fibres textiles rappellent que les seigneurs y ont attiré l’artisanat du tissage. Dès 1440 et puis lors des autres reconnaissances, l’immigration ligure renforce un repeuplement signalé par les origines : Caille, St-Cézaire et par les noms des déclarants: Amirat, Catalan, Poitevin. Les Ligures qu’on dit Lombards, Abbe, Bota, Del Carret, Geoges, Lavagne, Rebot, Semeria, Simo, Villa viennent du diocèse d’Albenga, ce sont des artisans et leur installation est favorisée par
les de Villeneuve.

L’étroitesse du terroir plus petit que celui de Puybresson, la faiblesse des cens versés par les propriétaires et la modestie des revenus seigneuriaux les incite en effet à faire défricher la «terre gaste» et à diversifier l’économie, avec la même impulsion, sans doute, qui les a conduits à installer une communauté
juive au XIVème siècle.